Le professionnel empathique

Issé Saïd Wais a trouvé son nouveau chez soi dans le village de Lac-Drolet

« Je m’appelle Issé, j’ai 44 ans et je suis professionnel.


Ce que je fais dans la vie, c’est m’occuper des autres. Je suis conseiller en ressources humaines chez Attraction et tout ce qui touche au bien-être des employés, en quelque sorte, passe par moi. C’est pour cette raison que je dis que je m’occupe des autres.


Ce qui m’a amené au Québec, c’est une recherche de défis. C’était une période où les choses n’allaient pas bien chez moi, à Djibouti (République de Djibouti, en Afrique de l’Est). En fait, je n’arrivais pas à trouver ce que je voulais. Un ami m’avait parlé du Québec, car il était déjà ici. Il me disait qu’il y avait plus d’opportunités.


J’ai fait tout le processus d’immigration et je suis arrivé au Québec en 2013 en tant que résident permanent, travailleur qualifié. Je suis arrivé en septembre… puis en décembre je suis reparti! Il faisait trop froid pour moi et je n’étais pas certain que j’allais revenir un jour. J’étais à Montréal et c’était difficile d’avoir du travail.


Aussi, le secteur de ressources humaines, qui est le mien, est un milieu assez fermé. Je comprends d’ailleurs, car on nous confie des hommes et des femmes. Il faut connaitre et respecter leurs droits. Ce n’est pas juste représenter l’employeur, c’est se placer au milieu et voir ce qui est bon pour les deux parties, pour les partenaires sociaux. Que ce soit l’employeur, les travailleurs ou les syndicats, qui représentent les salariés.


Je suis donc allé en France pour deux mois, et je suis retourné ensuite en Afrique. Ce que j’avais quitté était toujours présent à Djibouti. Je me suis dit : tu veux un défi nouveau, alors relève ce défi! Je suis finalement revenu au Québec en juin 2014. J’ai décidé de donner une chance au Québec et de me donner une chance.


C’est à ce moment-là que j’ai compris que tout ne viendrait pas tout seul. Je me suis inscrit à l’Université de Montréal pour un certificat en relations industrielles, et ensuite un baccalauréat. Entretemps, je faisais des petits boulots.


L’Estrie ou la Beauce


« J’ai travaillé un peu à Montréal. La relation humaine était distante, j’avais l’impression qu’il y avait un froid, autant dans l’entreprise qu’à Montréal. C’est là que j’ai participé à un programme d’emplois où il fallait choisir une région; j’ai choisi l’Estrie et la Beauce. J’ai participé à des séjours de découverte des deux régions, j’ai laissé mon CV, et quelques mois plus tard, on m’a demandé si j’étais intéressé par un poste en ressources humaines à Lac-Drolet… un endroit qui ne me disait absolument rien! J’ai découvert que c’était près de Lac-Mégantic, que je connaissais à cause de la catastrophe. Je me suis dit, pourquoi pas? C’est un village, je suis aussi né dans un village en Afrique… ce ne sera pas pire que ce que je connaissais déjà!

Issé Saïd Wais, conseiller en ressources humaines. Photo: Jérôme Lavallée

Je peux dire qu’au début, j’avais une petite appréhension. J’avais peur que les gens me regardent de travers. Pas par méchanceté, mais parce que je suis différent. Mais quand je suis arrivé, il est arrivé complètement autre chose. C’est moi qui avais des préjugés en fin de compte! Les gens venaient vers moi, les gens s’arrêtaient pour me parler. Ils faisaient tout pour je me sente à l’aise, que je ne me sente pas exclu, et c’est quelque chose qui m’a touché.


Côté professionnel, Julia et Sébastien (les copropriétaires d’Attraction) ont bien préparé le terrain. Ils ont fait venir une personne spécialisée dans la diversité en emploi, qui a rencontré les employés. Ça s’est vraiment très bien passé. Les gens m’ont ouvert leur porte, même celle de leurs maisons. C’est ma famille maintenant.


L’humain avant tout


« Le plus beau côté de mon travail, c’est qu’on place l’individu avant tout. Et je travaille pour une entreprise qui comprend que sa première richesse, ce sont ses employés. Nous devons faire preuve d’empathie, nous mettre à la place de l’autre, et ne surtout pas s’enfermer dans des procédures, des politiques, même si elles sont importantes pour maintenir une manière de faire dans l’organisation. En se mettant à la place de l’autre, on constate que l’humain est complexe, qu’il ne se résume pas à des règles, et cela me fait grandir.


L’humain est complexe, mais moi, je ne suis pas quelqu’un de compliqué! J’ai toujours cette philosophie qui dit qu’avec presque rien, on peut tout faire. Le simple fait de prendre un livre et de m’installer dans le parc des Vétérans à Lac-Mégantic, de voir le lac devant, ça n’a pas de prix. Je prends aussi le temps de découvrir la région, d’admirer ce paysage vert qui est quelque chose que je ne connaissais pas. Je viens d’un pays désertique et c’est quelque chose qui m’a toujours fasciné. Tout cela me permet d’être en équilibre ici.


Bien sûr, il y a des défis. On n’est jamais vraiment préparé aux obstacles qu’un immigrant peut rencontrer. D’un autre côté, je pense qu’il faut se donner le temps, un temps d’adaptation, des deux côtés. Autant du côté de l’immigrant que des Québécois, pour que les gens se comprennent, se rapprochent.


Moi, j’ai trouvé ce que je cherchais. J’ai trouvé mon coin ici, au Québec, et je vois mon avenir dans la région de Mégantic. J’ai l’intention de rester ici et d’y vivre.


Je dirais que le sommet d’une vie, c’est lorsqu’on profite de chaque instant. »

© 2019 / ma vie au sommet / par Défi 2025 région de Mégantic.